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Des humeurs et des jours

Anachroniques contemporaines

Accumoncellement...

Accumoncellement...

Accumoncellement ! Il me fallait bien le secours de ce mot-valise * pour exprimer avec plus de force cette nausée qui vous submerge quand, de toute évidence, trop c’est trop !

Le coup de grâce à ma tolérance, la goutte de cerise qui a fait déborder le pompon, c’est dimanche dernier que c’est advenu… Un 14 février, jour de Saint-Valentin.

Voilà la Saint-Valentin la plus majestueusement mercantile que nous ayons connue. Venant après des Salons du mariage, des magazines qui titrent sur le prix d’un bel émoi, des chaines qui rabachotent en boucle des annonces pour des sites d’accouplement et des émissions de téléréalité pour solitaires en mal de repentance… C’est trop !

La semaine dernière, mon journal favori a dû battre des records de recettes publicitaires. Tant mieux. Mais quelle obsession ! Vous aviez le choix : menus spécial Saint Valentin, fleurs en abondance, week-ends câlins, confiseries coquines… et même, si le cœur vous en disait, et la carte bancaire aussi, quelque joli bijou.

On était loin de la générosité de cœur et de corps que décrit François-Victor Hugo (oui, c’est le fils de l’autre) dans ses notes du Macbeth de Shakespeare : « C’était le 14 février, jour de la Saint-Valentin, qu’autrefois en Angleterre les amoureux s’accordaient. Dans certains comtés, les jeunes filles mettaient dans une urne de petits bulletins portant les noms des jeunes gens. Chacune tirait au sort… »

Et je vous laisse imaginer la suite ! En tous cas, cette technique semble bien plus efficace et moins coûteuse qu’un site de rencontre sur Internet, moderne version des entremetteuses d’antan.

Mais, il ne suffit pas de se rencontrer, et éventuellement de s’aimer, certains veulent aussi se marier. Les études diffusées lors des Salons du mariage donnent le vertige. Le budget moyen d’une cérémonie est de 8.257 euros pour 70 invités. Et encore, serait-il prudent de prévoir une réserve de 3 à 5.000 euros car, comme le disait avec perspicacité Oscar Wilde : « Le mariage est la principale cause de divorce ». Et c’est bien ce qui attend en France un couple sur deux. Oui, c’est moins cher de divorcer, il y a peu d’invités, la robe est plus simple.

Que les commerçants cherchent à marchandiser le sentiment amoureux, c’est finalement chose normale. Nul n’est obligé de céder à ces sirènes. Plus surprenant est le cas de ces villes qui s’engagent dans le « love business ». Je ne parle pas de ces capitales de la prostitution qui exploitent un autre type de besoin, mais de ces villes bien sous tous rapports qui visent la cible des « amoureux ». C’est le cas de Strasbourg. Aucun altruisme dans cette démarche. Le président de l’office de tourisme veut stimuler la fréquentation des hôtels de la ville en période creuse et attaquer le marché japonais. Pour la quatrième année consécutive, la capitale européenne s’est mobilisée donc pour fêter les amoureux avec une programmation tout à la fois « poétique, culturelle, glamour », avec « extases gastronomiques en tête-à-tête » (sic).

Bien sûr, il va s’en trouver qui vont me juger trop fleur bleue. Il est vrai que je ne partage pas le point de vue de ces philosophes désenchantés pour qui l’amour est « une ruse de la nature pour perpétuer l’espèce » ou « le simple frottement de deux épidermes ». Mais je ne peux me résoudre à admettre que la logique de marché phagocyte des domaines où elle n’est pas nécessaire. La marchandisation du vivant, de la culture, de l’éducation et de l’amour ne sont pas des progrès.

Croyez-moi, il n’y a aucune nostalgie dans mes ruminations. S’il s’en trouve à penser que c’était mieux avant, je les invite à méditer cette petite annonce (semblable à des milliers d’autres) dans le Chasseur Français de mars 1900 : « Parents marieraient jeune fille, 20 ans, dot 30.000 francs, avec fonctionnaire, négociant ou industriel. » On arrive de nos jours à caser un animal abandonné ou une voiture d’occasion plus poétiquement que cela !

Dimanche dernier – quel ballot ! – j’ai oublié de réserver pour aller cueillir mes « extases » à Strasbourg. J’ai omis également de passer ma Saint-Valentin à… Saint-Valentin. Ce village de 285 habitants, se dresse au milieu des champs, au cœur du Berry. Tout naturellement, il se présente comme « Le villages de amoureux » et se dit prêt à accueillir tous les amants de la terre. Programme de la fête du 14 février : remise de certificats aux amoureux en mairie à 10 heures, puis messe des amoureux à l’église suivie d’un déjeuner de la Saint-Valentin (28 euros) et, en clôture, une soirée d’animation avec Antoine (sosie de Franck Michaël) et Margaux Bourdin, miss Centre Val de Loire 2016 en invitée d’honneur.

Pas de doute, cette année, j’ai failli à mes devoirs d’amoureux, ma carte bancaire est restée sage… Alors, par dépit, j’ai signé cette pétition aux accents soixante-huitards lancée par sur Internet : « Pour la Saint-Valentin, faites l’amour, pas les magasins ! ».

Dimanche, je n’étais que le 1.188ème signataire.

* Néologisme formé par la fusion de mots existants

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