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Des humeurs et des jours

Anachroniques contemporaines

Mémoire de tables...

Mémoire de tables...

Je ne m’y ferai pas ! Cet établissement ne s’appellera jamais pour moi « La Brasserie Royale » ; ça restera « Le Champagne ». Il y a trop d’histoire attachée à cette enseigne.

En étendant les jambes sous la table, à l’ombre des tilleuls près de la statue d’Henri IV, je pense à Paul-Jean Toulet. Et à Francis Jammes qui raconte :

« A la terrasse du Café Champagne, Place Royale à Pau, Toulet maigre et long est assis jambes croisées, les pieds dans des sandales blanches, les mains jointes enserrant son genou droit. Il est tellement replié sur lui-même qu'il a l'air bossu et que son estomac s'appuie sur le genou ... Et peu à peu, ses gros yeux bleus... vous fixent de sous l'étroit béret basque rabattu sur le front... il sort du lit. Il est cinq heures de l'après-midi. C'est être pour lui matinal... »

C’est le même rituel qui me conduit, de temps en temps, à Guéthary. Je m’installe au Madrid. Toulet y avait son rond de serviette. Il est mort tout près de là, Villa Etcheberria, en laissant sur une feuille un ultime poème :

" Ce n'est pas drôle de mourir / Et d'aimer tant de choses / La nuit bleue et les matins roses / Les fruits lents à mûrir."

Sur sa tombe, son portrait en médaillon s’efface peu à peu.

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