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Des humeurs et des jours

Anachroniques contemporaines

L'enfant, les liens et les lieux...

L'enfant, les liens et les lieux...

Roland Barthes évoquait sa jeunesse sur les rives de l’Adour « Il n’est de Pays que d’enfance »,

Puissance des lieux, permanence du lien. Il y a ceux pour qui cette enfance est un fardeau. Les textes qu’Isidore Ducasse écrivit dissimulé derrière le comte de Lautréamont, sont tellement imprégnés d’obsessions d’enfance que Camus s’écrie en les lisant : « Il a reçu sa vie comme une blessure ! » Et il y a tous ceux – les plus nombreux ? - qui disent connaître des temps d’enfance tels des territoires protégés, des ilots isolés, des pays harmonieux, des édens éphémères.

Nous sommes la somme de nos souvenirs, et si la nostalgie s’en mêle, elle n’est pas essentielle. L’essentiel, c’est notre vision du monde colorée par le milieu qui nous a fait naître et grandir.

C’est avant tout une imprégnation, cette acquisition insensible, inconsciente de quelque chose qui devient nous-même.

La langue, le parler avec ses couleurs et ses accents dont Pierre Emmanuel et Pierre Bourdieu disaient qu’ils faisaient partie d’eux-mêmes.

C’est l’univers sensoriel aussi : les odeurs de la cuisine, de sous-bois où l’on joue, de la femme qui vous a donné le sein et vous a gardé dans les bras… tout participe à construire la palette émotionnelle de l’adulte que l’on devient. Toulet toujours, qui se souvient : « Pau où je fus si jeune et si souvent embrassé. » et "Ces pluies de printemps délicieuses, où le ciel a l'air de pleurer de joie."

Et enfin, il y a ce lien qui traverse nos âges : « L’enfant que j’étais est toujours là, vivant… Il me regarde d’un air tantôt étonné, tantôt boudeur, souvent souriant… Il n’y a rien d’important que je fasse sans l’interroger… Je me suis promis de ne jamais trop le décevoir… Entre moi-enfant et moi-adulte, il y a une conversation muette et permanente, comme un fil tendu entre l’homme que j’ai rêvé d’être et l’homme que je suis. » Cette confidence, Joseph Peyré aurait pu la faire lorsqu’il revint à Aydie, son village du Vic-Bih. Il dira : « "Il ne s'agit pas ici d'un chemin de mémoire, mais d'un climat demeuré en moi aussi vivace que si je n'avais pas vieilli."

Il n’y a pas moi et l’enfant que j’étais, je ne suis pas deux, me voilà immuablement seul.

Cet enfant intérieur est une partie de moi-même qu’il m’arrive, par usure du quotidien, de laisser de côté. Jamais très longtemps. Antoine de Saint Exupéry a eu la chance de le rencontrer cet enfant intérieur. Il a donné la parole au Petit Prince comme pour s’excuser.

Son Petit Prince l’a éclairé et ramené à la vie. Il l’a retrouvé et s’est réconcilié avec lui avant de disparaitre pour toujours dans les airs.

« On est de son enfance comme on est d’un pays » puis l'avion de Saint-Ex en détresse s’est posé dans le désert ». Les voilà les deux mots clés : DETRESSE et DESERT

Incarnation de la part de candeur tapie au fond de soi, personnification de l’amour inconditionnel, cet enfant intérieur a le visage de mes dix ans et ne me juge pas.

Nous sommes le 5 mai 2016... Suis un homme maintenant ? Moi ? Tout juste un enfant vieilli…

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