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Des humeurs et des jours

Anachroniques contemporaines

Le long chemin d'Arthur...

Le long chemin d'Arthur...

C'est Isabelle, la sœur d'Arthur qui écrit...

J'ai soutenu son corps chancelant. J'ai porté dans mes bras ce corps souffrant et défaillant. J'ai guidé ses sorties, j'ai surveillé chacun de ses pas ; je l'ai conduit et accompagné partout où il a voulu ; je l'ai aidé toujours à rentrer, à monter, à descendre ; j'ai écarté de son unique pied l'embûche et l'obstacle.

J'ai préparé son siège, son lit, sa table. Bouchée à bouchée, je lui ai fait prendre quelque nourriture. J'ai mis à ses lèvres les coupes de boisson, afin qu'il se désaltérât.

J'ai suivi attentivement la marche des heures, des minutes. A l'instant précis, chacune des potions ordonnées lui a été par moi présentée : combien de fois par jour ! J'ai employé les journées à essayer de le distraire de ses pensées, de ses peines. J'ai passé les nuits à son chevet : j'aurais voulu l'endormir en faisant de la musique, mais la musique pleurait toujours. Il m'a demandé d'aller, en pleine nuit, cueillir le pavot assoupissant, et j'y suis allée. J'avais peur, seule, loin de lui. Dans les ténèbres, je me suis hâtée ; puis j'ai préparé les breuvages calmants, qu'il a bus... Et les veilles recommençaient, durant jusqu'au matin ; et quand il se mettait à dormir, je restais encore près de lui à le regarder, à l'aimer, à prier, à pleurer. Si je m'en allais, à l'aurore, sans bruit pourtant, il se réveillait aussitôt et sa voix, sa chère voix, me rappelait. Et je réaccourais tout de suite près de lui, heureuse de pouvoir le servir encore.

Que de fois, au cours des matinées, quand enfin il goûtait quelque repos, je suis restée des heures, l'oreille collée contre sa porte, épiant son appel, épiant son souffle !

Nulles mains que les miennes ne l'ont soigné, ne l'ont touché, ne l'ont habillé, ne l'ont aidé à souffrir. Jamais mère n'a pu ressentir une plus vive sollicitude envers son enfant malade... Il me parlait du pays qu'il venait de quitter ; il me racontait ses travaux. Il rappelait mille souvenirs aussi du passé, du bonheur perdu ; et ses larmes se mettaient à couler, amères, abondantes. J'essayais de calmer son chagrin ; mais je ne le pouvais, sachant bien moi-même que jamais plus la vie ne lui sourirait ; et, impuissante à le consoler, regardant, muette, tomber ses pleurs, je voyais en même temps se creuser, chaque jour davantage, ses joues pâles et s'altérer son admirable visage. . II me demandait souvent en place de qui, lui si bon, si charitable, si droit, pouvait bien endurer tous ces maux atroces. Je ne savais quoi lui répondre. J'avais peur, et j'ai peur encore, que ce ne fût en ma propre place. Hélas !

Je l'ai aidé à mourir, et lui, avant de me quitter, il a voulu m'enseigner le vrai bonheur de la vie. Il m'a, en mourant, aidée à vivre.

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