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Des humeurs et des jours

Anachroniques contemporaines

Les mutineries de mai...

Les mutineries de mai...

Je suis très nombreux à faire ce matin la lente promenade sur le boulevard des Pyrénées…juste pour « se saouler de printemps », porter loin le regard vers le sud, s’assurer que les montagnes immuables sont là. Se redire Toulet : « Mais rappelez-vous le bleu léger des Pyrénées et le matin qui baisait vos joues pâles… Le gave que j’écoute bruisser continûment…. » Tout semble si léger en effet. Derrière moi, les terrasses font un bourdonnement d’abeilles. Elles frissonnent de robes légères et de couleurs vives. Tout semble si joyeux aussi. On rit, on trinque. Se souvenir qu’il y a six mois, six mois à peine, le prix d’une consommation en terrasse est devenu atrocement exorbitant. Combien dites-vous le demi ? C’est dix balles jeune homme, c’est dix balles mademoiselle !

Mais, nous voilà en mai… ce mois qui n’est pas tout à fait comme les autres. Le mois des ponts, des insouciances et des premières fêtes au soleil. Mais, nous voilà en mai, ce mois que l’on dit joli depuis si longtemps (c’est attesté depuis 1630), et dont on croit qu’il stimule les désirs, les emportements, et qu’il donne ce qu’il faut de désinhibition pour trouver raisonnable de se révolter.

La liste est longue des concordances du mois de mai avec les spasmes révolutionnaires, leurs lots d’héroïsme et de tragédies, avec des élans collectifs qui précipitent l’histoire et bousculent l’ordre établi.

Mai 1610, c’est Ravaillac qui assassine Henri IV et tue ainsi beaucoup plus qu’un roi.

Mai 1789, c’est le début de la Révolution française avec l’ouverture par Louis XVI des Etats Généraux à Versailles.

Mai 1886, c’est la grève générale aux Etats-Unis, suivie du massacre de Haymarket Square à Chicago, l'événement précurseur de la fête des travailleurs le 1er mai.

Mai 1936, c’est la victoire du Front Populaire Les premières grèves éclatent au Havre, elles s'étendent rapidement à toute la France, jusqu'à la mi-juillet, et rassemblent près de deux millions de grévistes.

Mai 1943, c’est l’unification des forces de la résistance à l’occupant allemand au sein du Conseil National de la Résistance, dont le programme, adopté l’année suivante, porte un beau titre « Les jours heureux ». Il fonde l’essentiel de notre cadre de solidarité nationale qui donne des boutons aux adeptes d’une modernité de jungle.

Mai 1945 : Signature à Berlin de la capitulation allemande dans la nuit du 8 au 9, la guerre en Europe est officiellement terminée.

Mai 1968, Suite à un rassemblement de 400 manifestants, la police évacue la Sorbonne et arrête quelques étudiants. Cette action marque le point de départ des évènements du mois de mai 1968. Dernier soubresaut romantique ? Non, une rupture considérable.

J’allais oublier un autre moi de mai, celui de 1981 et son ambitieuse promesse électorale « Changer la vie ! ». Promesse tenue pour une fois. La vie a beaucoup changé depuis 36 ans, mais ce qui est advenu, était-ce bien le projet ?

Bien entendu, l’histoire qui se moque des déterminismes ne nous dit rien des mois de mai à venir. L’historien n’est que le prophète du passé.

Ce n’est pas mai qui fait les révoltes, il y a des révoltes qui se font en mai.

Mais peut-être que… Puisque mai est là, avec ses lumières radieuses et ses abondances. Il nous fait croire que la vie est une joie. Et cela rend plus insupportables encore la misère, l’injustice et les inégalités.

J’écoute Nougaro qui chante Mai, Paris Mai : « Est-ce nous qui dansons ou la terre qui tremble ? Je voudrais savoir si l'homme a raison ou pas… Ces temps-ci, je l'avoue, j'ai la gorge un peu âcre. Le Sacre du Printemps sonne comme un massacre. Mais chaque jour qui vient embellira mon cri. »

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