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Des humeurs et des jours

Anachroniques contemporaines

Blanquette de veau...

Blanquette de veau...

Mardi 21 juin : rencontre littéraire à l'espace culturel du Parvis de Pau autour du livre "Ecrits Epars". Frédérique Hardy, qui conduit l'entretien, me questionne sur mon obsession de la blanquette de veau (elle revient cinq fois parait-il dans le livre). Je tente un explication...

Dans un des textes, je mets en scène Erwan, un rêveur ridicule qui se prend pour un aventurier de la haute-mer depuis le promontoire du Rocher de la Vierge, et sa compagne qui l’attend dans le studio lui a préparé une blanquette de veau. La fin de ce petit récit provoque une réaction qui m’étonne de la part d’une femme qui en écoute la lecture : elle part furieuse. Son amie me confie que cette blanquette de veau lui a été insupportable, elle l’a interprétée comme une allusion machiste… Je m’interroge. Première décision : je recase ma blanquette de veau dans beaucoup d’autres textes. Elle est presque devenue une « marque de fabrique ». Je comprends aussi que « blanquette de veau » a des qualités spécifiques que n’ont pas « bifteck-frites », paëlla ou spaghetti carbonara… « blanquette de veau ». La blanquette de veau porte à elle-seule le symbole d’une époque (les années 50), d’un territoire (la France urbaine), d’une situation (un couple dans la salle à manger de l’appartement ou de la maison de banlieue), d’un rituel (le repas du dimanche) et d’une structure mentale (le rapport réifié homme/femme)… Avec « blanquette de veau », on est au-delà du sens initial, celui de la dénotation du réel, pour intégrer au message direct des connotations et entrer dans le domaine de la signification, du « champ des valeurs », laissant transpirer sous la banalité apparente la troublante actualité de l’idéologie bourgeoise de l’immédiat après-guerre.

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