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Des humeurs et des jours

Anachroniques contemporaines

Tardive contrition

Cher Institut,

Tu m'as invité à ton anniversaire. Merci, merci ! Je viendrai.

J’ai un aveu à te faire, une confession, une confidence, un soulagement de conscience si tu préfères… Bon, un demi-siècle a passé et je ne crains plus ta colère.

Nous étions quatre en ces temps où pleuvaient des pavés sur Bordeaux. Y’avait Luc qui était fou de Proust et de Truffaut, Mimi qui était folle de tout ce qui était doux et joli, Cricri qui disait qu’elle était folle de moi, et moi qui disais que j’étais fou d’elle. Comme on était quatre, on se croyait très nombreux ; comme on était arrogants on criait à tous ceux qui nous promettaient des jours meilleurs : « Le changement c’est maintenant ! » (Eh oui, c’est nous ce slogan) et nous avions décidé d’accélérer l’Histoire. La nuit tombée, on piquait la clé de l’imprimerie et là, jusqu’au petit matin, sans jamais dormir, on faisait notre journal. Puisqu’on parlait de combats, de débats, de désespérances et d’insoumissions, il s’appelait « La Lutte du Peuple » notre journal. Rien que ça.

Toutes les semaines il sortait : 8 pages, 2000 exemplaires à chaque fois. Et c’est toi, mon cher Institut qui payait.

Le jour de mes vingt ans, c’était grève générale en France. J’ai distribué la « Lutte du Peuple » dans le centre de Bordeaux à des bourgeois qui s’en foutaient et à des ouvriers qui s’en foutaient aussi.

J’étais pas terrible sur le plan technique. Aussi, en plus de toutes les bobines de papier qu’on t’a piquées, je dois te dire que la grosse panne de l’imprimante offset toute neuve, c’était moi, que les IBM à boule devenues folles, c’était moi, que le Nagra détraqué, c’était pas moi mais ç’aurait pu… Qu’est-ce qu’on a pu te coûter comme pognon ! Il parait que Robert (Escarpit) a tordu le nez lorsqu’il l’a su et qu’il a dit à l’ami Pierrot (Christin) : « Charles avait raison, c’est la chienlit ! » - Non, non Robert, lui a répondu Pierrot, c’est le métier qui rentre ». Et il est sorti.

Alors, cher Institut, comme l’heure des grands bilans commence à me chatouiller le plafond, il est temps que je te confie que tout ce que tu m’as appris, je l’ai oublié. Journaliste, j’aurais bien aimé, mais ça ne l’a pas fait. Zéro regret. Après t’avoir quitté, j’ai embrassé quelques filles, pas mal de causes perdues et la profession d’ancien combattant. Voilà, tu sais tout.

 

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