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Des humeurs et des jours

Anachroniques contemporaines

L'oiseau éperdu

 

Dans l’enfance, ma grand-mère Anna me désignait les oiseaux qu’on voyait voleter dans les haies et les arbres qui bordaient la cour de la ferme. Elle me donnait les noms en béarnais et s’en amusait parfois : « Tu vois Ninou, ce tout petit merdeux minuscule là-bas, planté sur la branche, la queue fièrement dressé, et qui engueule tout le monde avec ses « tchic… tchic… tchic… » saccadés, eh bien c’est la Mariachourre ! » Il m’a fallu plusieurs années, le temps de finir mon adolescence pour que cette attention enfantine que je portais aux oiseaux devienne une passion raisonnable. Quelqu’un – je ne me souviens plus de qui – m’avait prêté un exemplaire du guide Delachaux et Nietslé sur les oiseaux d’Europe (la bible des ornithologues) et je me suis bien gardé de le lui rendre. Depuis, le livre n’est jamais loin de moi, et je le consulte dès que j’observe un piaf quelconque. A force de le feuilleter, j’en suis arrivé à un niveau honorable de connaissance. Ça me vaut, de temps en temps, de jolis succès en société. Ainsi, lors d’un repas de copains, comme il en arrive de temps à autres, nous étions une douzaine autour de la table, à jacasser gaiement de nos menues aventures personnelles. Daniéla nous dit : « C’est drôle, hier, dans le pré au-dessus de notre maison, il y avait un grand oiseau qui planait au ras du sol… J’ai cru que c’était une buse, mais il était blanc… » Je lui réponds illico : «  c’était un circaète Jean-le-Blanc ! » Etonnement général : « Un quoi ? Jamais entendu ce nom… » Bien sûr, comme on a du mal à me croire, on pianote sur le smartphone. J’ai eu alors mon moment de gloire que j’ai goûté avec une modestie qui n’était qu’apparente.
Hier, j’ai fait mon voyage coutumier entre la maison de résidence à Pau et ma maison natale à Sévignacq. Comme à chaque fois, j’observe tout au long du parcours attentivement le ciel, les arbres… 
Avant de partir, je me suis amusé à observer l’étrange ballet des fauvettes à têtes noires et des sansonnets qui se disputaient en piaillant la pulpe des fruits ouverts du kaki. Sur la route, je vois au loin les vols de palombes qui forment des nuages imposants ; les aigrettes garzettes en troupe qui parsèment de blanc les pâturages ; l’épervier qui fait le guet sur son piquet… Arrivé à la ferme, un concert de merles en pétard m’accueille, puis vient la surprise du jour : je rentre dans le poulailler et une ribambelle d’oiseaux multicolores s’affole et tente, en froufroutant des ailes, de s’enfuir en traversant le grillage. Un n’y parvient pas et je peux l’observer à loisir. « Toi, t’es pas un piaf d’ici, qui es-tu ? » Je note la forme, les couleurs, le rouge distinctif qui lui barre l’aile… Je cherche dans ma bible des oiseaux et je ne trouve rien. Il me faut le secours d’internet. A l’époque de l’édition de mon Delachaux et Nietslé, le rossignol du japon (c’est de lui dont il s’agit) n’était pas observé dans nos régions. Jean-Paul Basly, par un article très fouillé dans Ornythos (revue de la Ligue pour la protection des oiseaux) résout l’énigme.
Quoi qu’il en soit – vagabond sédentarisé ou intrus adopté – le minuscule passereau m’a valu la belle émotion du jour.

http://geob.fr/wp-content/uploads/2020/11/Leiothrix-article-Jean-Paul-BASLY.pdf


 
 

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