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Des humeurs et des jours

Anachroniques contemporaines

Le nuage qui détestait la pluie

Dans ce pays de Béarn qui a des airs de Toscane avec ses collines moelleuses et son air câlin, le plus léger souffle de vent est un message. Yan dou Chinchin, mon grand-père se tournait souvent vers l’ouest et humait l’air comme le font les animaux… Il percevait ce léger souffle annonciateur des caprices du temps. Il disait : les Basques vont nous faire le cadeau de leur pluie. D’autres fois, lorgnant le sud, il disait : c’est le vent chaud d’Espagne qui vient, il ne durera pas. Mais c’était le nord qui  l’inquiétait. Il guettait la formation de cette ample bande noire qu’il appelait La cinte de Bordèu  (la ceinture de Bordeaux), prélude à une longue période de méchante météo, mauvaise pour les récoltes, les bêtes et les hommes.
Un matin, apparut à l’est une armada de nuages dispersés, phénomène inhabituel dans ces contrées. Les villageois, inquiets, scrutaient sans relâche le ciel. Poussée par un vif vent très frisquet, les nuées en vadrouille se rassemblèrent progressivement, comme des soldats obéissant, jusqu’à former une seule grosse troupe. C’était une masse aux reflets pourpres menaçante dans un ciel étonnamment clair. 
Yan dou Chinchin, lui, ne regardait que ses pieds. Indifférent à ce qui se passait la-haut, il était assis sur le banc de bois calé contre le mur de l’étable. Là, à l’abri du vent, il entreprit de lire son journal.
Il y eut soudain dans le lointain un bref coup d’orage. Sonore. Violent… Puis le vent forcit…
– Papy, il va pleuvoir, rentre te mettre à l’abri…
– T’en fais pas mon Ninou, moi, ce gros nuage laid, je le connais bien ; je sais qu’il déteste la pluie.
 

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