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Des humeurs et des jours

Anachroniques contemporaines

Etonnement(s)

Ai-je eu raison de me scandaliser et de dénoncer la supposée « bêtise » des antivax ? J’aurais dû tout simplement m’en étonner. Car, en fouillant l’histoire, cette dispute que l’on dit contemporaine, est de fait très ancienne…
Retour en arrière (1)  :
On a, semble-t-il, vite oublié un épisode récent, qui, dans sa dimension et ses dispositions, était bigrement plus attentatoire aux libertés individuelles et collectives que notre fameux passe-sanitaire d’aujourd’hui. C’était en 2018 (trois ans à peine) : la ministre de la santé, Agnès Buzyn, portait de trois à onze, le nombre de vaccins devant être administrés aux enfants. Huit de plus d’un coup ! Et ça n’était pas optionnel : c’était obligatoire ! En dehors de quelques menues protestations, faiblement relayées par les médias, l’affaire est maintenant admise.
Bien plus loin dans le temps, on retrouve la source de nos polémiques actuelles. Au XVIIIème siècle, la cause première de mortalité en Europe est la petite vérole (autrement dit, la variole). Pour s’en prémunir, on adopta une technique venue d’Extrême-Orient : l’inoculation. L’inoculation consistait à égratigner la peau pour introduire dans la blessure le liquide contenu dans les pustules d’un varioleux. On induisait ainsi une forme atténuée de la maladie, protectrice des formes graves. Le procédé était efficace, mais périlleux : dans un cas sur deux ou trois cents, il provoquait la mort du patient. Etait-il raisonnable de courir un tel risque ? En 1760, le mathématicien David Bernoulli estima qu’une inoculation systématique eût accru de trois ans l’espérance de vie à la naissance. Le parti « éclairé » prit fait et cause pour l’inoculation – à l’exception notable de d’Alembert, qui fit valoir que si la mesure était dans l’intérêt de l’État, il était néanmoins compréhensible que des parents refusent d’exposer leur enfant à un risque de mort immédiate sur les bases d’une statistique.
A la fin du siècle, Edward Jenner remarque que les trayeuses de vaches étaient très peu sujettes à la variole. Il attribua cette immunité au fait que, étant au contact d’animaux souffrant d’une maladie infectieuse nommée vaccine (de vaca, la vache), elles avaient elles-mêmes contracté cette maladie, apparentée à la variole, mais beaucoup moins dangereuse. Dès lors, on pouvait immuniser contre la variole par l’intermédiaire de cette vaccine (d’où le nom de vaccination). La disproportion entre la bénignité de la vaccination et la gravité de la variole justifia la généralisation progressive de la pratique au cours du XIXème siècle. La variole a aujourd’hui disparu.

(1)  D’après l’article d’Olivier Rey dans Philosophie magazine n° 113

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